Le Jazz comme on l'aime ...

Prochaine réunion du Hot Club

 La prochaine réunion aura lieu le samedi 30 septembre.

 

C'est la rentrée au HOT CLUB !

 

Pierre Christophe nous propose une soirée en  3 parties :  

 

 - Retour aux fondamentaux :

avec de "vieux" disques des années 1920 - 1930 : la beauté du jazz des origines.

 

- Quelques saxos méconnus :

Des talents trop ignorés à découvrir.

 

 

- Quelques vidéos récentes :

Pour terminer du jazz en image.

 

Tous au Hot Club le 30 septembre.

 

Prochain concert

Nirek Mokar & his Boogie Messengers

 

le samedi 28 octobre à L'ELDORADO

de St Pierre d'Oléron

 

Amateurs de boogie-woogie et de swing, attention :

 

 

Le jeune prodige Nirek Mokar est invité par le Hot Club de Marennes-Oléron  en compagnie de brillants accompagnateurs: Claude Braud (ts), Nicolas Peslier (g), Simon"Shuffle"Boyer (d), Thibaut Chopin (b).

 

Nirek Mokar n'a que 16 ans mais il déjà reconnu comme un excellent spécialiste du boogie et blues.

 

Retenez la date du 28 octobre !

 

 

 

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(Duke Ellington)

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LA MUSIQUE RELIGIEUSE NOIRE AMÉRICAINE
SPIRITUALS ET GOSPELS



Le texte qui suit provient d'un exposé de vulgarisation prononcé par Pierre Christophe, président du Hot Club de Marennes-Oléron, lors d'une soirée pour un " Club de Services ", le 28 novembre 2013. Il est paru dans le Bulletin du Hot Club de France N° 626 de décembre 2013.


En manière d'introduction

La beauté de la musique religieuse noire américaine ne réside pas tant dans sa complexité mélodique ou harmonique que dans la vigueur de la Foi qui la soutient et la force de conviction avec laquelle elle s'exprime. Son succès auprès d'un grand public extrêmement divers repose sur ce quiproquo. II est bien sûr permis d'être d'y être sensible hors la foi, mais j'ai observé que c'est une déception pour les chanteurs de ces groupes. Si la thématique des interprétations trouve ses origines dans le répertoire de la musique religieuse européenne, le poids des traditions musicales africaines qui l'ont imprégnée au cours des trois ou quatre siècles passés est trop manifeste pour qu'on ait besoin d'y insister.

Sister Rosetta Tharpe


La thématique européenne des origines s'est vue en outre enrichie d'un répertoire purement afro-américain dès l'aube du XVIII siècle. Le Jazz a d'ailleurs connu le même parcours issu de divers thèmes européens traités selon la tradition musicale africaine. Le Blues est encore plus exemplaire de cette tradition puisqu'il est né sans le moindre apport blanc. Mais tandis que le Blues exprime les soucis du monde séculier et que le Jazz s'ouvre sur ce qu'on appelle en Amérique l' " entertainment ", le Spiritual et le Gospel ont d'abord une valeur libératoire (le Blues aussi, du moins à ses origines). Car il n'y est plus question d'un monde d'esclavage, de peine, de dureté, de lynchage ni même simplement d'amour, d'argent, de sexe, mais d'un monde de justice, de libération, de lumière. On pourrait traduire ce sentiment par : " Dieu est de notre côté et nous serons les premiers après avoir été les derniers ".

Cette immense ferveur jointe aux africanismes peut en faire la plus torride des musiques afro-américaines, par opposition au recueillement traditionnel européen ; le recueillement du Spiritual existe aussi, bien sûr, mais il nous est délivré avec cette même ferveur intensément exprimée : quand le recueillement européen est de silence et d'intériorité, celui des Afro-Américains passe par des voies et des voix qui n'apportent qu'un frein relatif à son extériorisation. Encore peut-on remarquer que les grands classiques de jadis - Bach, Haendel et les baroques engénéral, exprimaient souvent leur Foi avec une force et une vigueur qui, me semble-t-il, s'affadit quelque peu au cours des siècles suivants.

Les textes des XVIIe et XVIIIe siècles soulignent bien que la rigueur et la pudibonderie anglicanes ne poussaient personne, pas même les Noirs, vers une joie débridée et l'on pourrait croire que l'héritage africain était appelé à disparaître. C'est pourtant l'inverse qui se produisit, notamment au XVIIIe siècle. Les Noirs amenés au Nouveau Monde en nombre croissant, et riches de leurs pratiques, finirent par imposer leurs rétentions africaines et les développer au moins, tout d'abord, dans leur communauté, fût-ce en cachette : " Bush Meetings " et " Tabernacle Songs " étaient appelés à devenir les premiers Spirituals.



Luca Della Robia , La Cantoria,1435, Psaume 15

Dès les années 1830, les communautés religieuses blanches adoptèrent la manière noire de traiter les hymnes et cantiques, au grand dam des plus rigoristes. Il parut même en 1819 un ouvrage, " The Methodist Error ",de John F.Watson dont le sous-titre extravagant ( au moins aux yeux d'un homme de notre époque) est "Friendly Christian advice to those Methodists who indulge in Extravagant Emotion and Bodily Exercises " mettant en garde contre cette déviance, venue de surcroît d'une frange de la population supposée n'avoir pas accès aux choses tenant aux rites et surtout à la spiritualité ! Le Psaume 150 prône pourtant tout le contraire : " Louez-le au son de la trompette...du luth...de la Harpe ...avec le tambourin et les danses ! "


La valeur libératoire de ces chants tenait aussi au fait qu'il était aisé pour les esclaves noirs de se comparer au peuple élu de l'Ancien Testament, à ses épreuves, ses luttes, ses défaites, ses déportations, mais surtout à sa victoire finale, fût-elle dans un autre monde. Tous les textes des anciens Spirituals sont puisés dans la Bible alors que le Gospel, à partir en gros des années 1930 - on le verra -est certes une voie de libération mais exprime aussi les duretés vécues dans les temps présents et des parcours plus personnels.Il puise en outre abondamment dans le Nouveau Testament.


Le lien entre les trois musiques noires : Blues, Jazz et Musique Sacrée

Ce sera déjà un point intéressant de savoir que les églises noires (essentiellement presbytérienne, méthodiste et baptiste, puis tout l'essaimage ultérieur) et les tenants de la musique sacrée condamnent fermement les deux autres, qualifiées de " musiques du diable ". Pourtant, il n'était pas rare qu'un même artiste se produise le dimanche à l'église et en semaine au cabaret, ce qui constituait une source permanente de conflits, de condamnations, de pardons et de promesses non tenues de la part des coupables - mais ce qui mettait aussi en évidence l'unicité fondamentale des trois musiques.
Puisque ces trois musiques contenaient les mêmes ingrédients musicaux, gestuels et comportementaux, les artistes n'avaient aucun mal à les pratiquer en fonction du public et des besoins : même usage de la voix, même gamme un peu différente de la nôtre, même liberté dans le traitement des textes et, surtout, présence si spontanée du swing à la fois vocal et gestuel qu'on peut se demander si les pratiquants en avaient seulement conscience.

Prêche dans un " Bush Meeting "


Autre élément capital : la fusion complète entre l'artiste et le public, entre l'officiant et la congrégation, entre le bluesman et son auditoire. Les exhortations, les approbations, les " Amen ", " Allelujah ", les encouragements divers de l'assistance fusent, de plus en plus fournis, accompagnés de mouvements corporels divers qui peuvent aller jusqu'à la danse, voire l'hystérie. Là où le pratiquant européen et avec lui l'ensemble des fidèles se soumet à la discipline d'une cérémonie codifiée ( la messe de rituel catholique, par exemple), l'Africain conserve et utilise largement sa liberté de créer, surenchérir, enjoliver hors des textes ou des codes préexistants et en complément de l'officiant. C'est le " Tuilage ", superposition harmonieuse bien qu'improvisée, caractéritsique des musiques africaines.
Les musiques afro-américaines ont conservé cet aspect collectif des pratiques africaines. La musique est rarement gratuite : elle rassemble le village pour une occasion précise, elle a un rôle soit rituel, soit fonctionnel (mariage, guerre, chasse, enterrement, naissance, etc.) et convie donc la totalité de cette petite communauté qu'est le village africain. Elle n'existe guère de façon individuelle, comme pour elle-même.

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